Tardigrades

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Classification (env 1.400 esp)
Métazoaires-Triploblastiques-Invertébrés-Protostomiens-
Ecdysozoaires-Tardigrades


 

 

Les Tardigrades

Les Tardigrades appartiennent au règne Animalia, au sous‑règne Eumetazoa, à l’infra‑règne Bilateria et au clade Protostomia. À l’intérieur des Protostomiens, ils sont inclus dans le super‑embranchement Ecdysozoa, groupe défini par la présence d’une cuticule nécessitant la mue (ecdysis). Les Ecdysozoaires regroupent huit phylums : Nematoda, Nematomorpha, Priapulida, Kinorhyncha, Loricifera, Onychophora, Arthropoda et Tardigrada. Les Tardigrades appartiennent plus précisément au groupe des Panarthropodes, qui réunit les Arthropodes, les Onychophores et les Tardigrades, caractérisés par un corps segmenté, des appendices pairs et une cuticule nécessitant la mue.

À l’intérieur du phylum Tardigrada, on distingue trois classes : les Heterotardigrada, caractérisés par une cuticule rigide souvent ornée de plaques dorsales et de cirres céphaliques ; les Eutardigrada, à cuticule souple sans plaques dorsales ; et les Mesotardigrada, classe controversée représentée par une seule espèce décrite (Thermozodium esakii), jamais revue depuis sa découverte. Les Tardigrades se distinguent des Lophotrochozoaires par l’absence de larve trochophore, l’absence de lophophore et la présence d’une mue cuticulaire, ce qui confirme leur appartenance aux Ecdysozoaires.
Les
Tardigrades mesurent généralement entre 0,1 et 1,2 mm, ce qui les rend invisibles à l’œil nu. Leur corps est trapu, segmenté en quatre régions portant chacune une paire de pattes terminées par des griffes ou des ventouses. Leur cuticule peut être souple ou rigide selon les classes, et leur couleur varie du transparent au jaunâtre ou brun clair selon l’alimentation. Ils possèdent un appareil buccal muni de stylets permettant de percer les cellules végétales ou les proies. Leur déplacement lent et leur forme arrondie leur valent le nom vernaculaire d’«ours d’eau».
Le développement des Tardigrades est
direct, sans larve. Les œufs donnent naissance à des individus miniatures déjà morphologiquement complets. La croissance se fait par mues successives, car la cuticule ne peut s’étendre. Les jeunes tardigrades muent plusieurs fois avant d’atteindre la maturité sexuelle. La durée de vie varie de quelques mois à plusieurs années, selon les conditions environnementales et les périodes de cryptobiose.
Les Tardigrades possèdent un corps ovoïde composé d’une tête et de quatre segments portant chacun une paire de pattes. Leur cuticule peut être lisse, granuleuse ou ornée de plaques dorsales selon les classes
Heterotardigrada ou Eutardigrada. Leur système digestif est complet, mais ils ne possèdent ni système respiratoire ni système circulatoire, les échanges se faisant par diffusion. Leur pharynx est souvent très musclé et constitue un critère d’identification important. Leur cuticule est régulièrement renouvelée par mue, et les œufs sont parfois déposés dans l’exuvie.
La reproduction peut être
sexuée ou parthénogénétique selon les espèces. Les femelles pondent leurs œufs dans la cuticule abandonnée ou directement dans le milieu. Les œufs peuvent être lisses ou ornés de motifs caractéristiques, notamment chez les Macrobiotidae. Le développement est direct, sans métamorphose. La fécondation est généralement externe, mais certaines espèces présentent une fécondation interne.
Les
Tardigrades mènent une vie discrète dans les micro‑habitats humides où un mince film d’eau leur permet de se déplacer, de se nourrir et de respirer. Leur activité dépend entièrement de l’humidité du milieu: lorsqu’ils sont hydratés, ils marchent lentement sur leurs quatre paires de pattes, percent les cellules végétales ou les micro‑organismes avec leurs stylets et digèrent leur contenu grâce à un pharynx musculeux. Leur métabolisme est alors normal, avec une croissance assurée par des mues successives. Lorsque l’environnement s’assèche, ils entrent en cryptobiose, un état de vie suspendue où leur corps se contracte en un «tonneau», leur métabolisme chute presque à zéro et ils deviennent capables de survivre à des conditions extrêmes comme la dessiccation, le gel, la chaleur, les radiations ou même le vide spatial. Dès que l’humidité revient, ils se réhydratent et reprennent une activité normale en quelques minutes ou heures.
Les Tardigrades sont consommés par divers micro‑organismes et petits invertébrés, notamment les
nématodes, les acariens, les rotifères, certains protozoaires, et de petits arthropodes du sol. Ils peuvent également être ingérés accidentellement par des organismes filtrants. Leur petite taille et leur cuticule résistante leur offrent toutefois une certaine protection.
Les Tardigrades sont totalement
inoffensifs pour l’être humain, les animaux domestiques et les plantes. Ils ne piquent pas, ne mordent pas, ne parasitent pas et ne transmettent aucune maladie connue. Ils jouent un rôle écologique discret mais important dans les micro‑écosystèmes, notamment dans la décomposition et la régulation des populations microbiennes.
Les Tardigrades sont
présents dans toute la France, dans les milieux terrestres, dulçaquicoles et littoraux. Plus de 120 espèces ont été recensées, appartenant principalement aux familles Hypsibiidae, Macrobiotidae, Milnesiidae et Echiniscidae. Les régions humides, les forêts tempérées, les zones montagneuses et les milieux littoraux sont particulièrement riches en espèces.
La
Gironde offre des conditions très favorables aux Tardigrades grâce à son climat océanique humide, ses forêts de pins, ses zones humides, ses marais littoraux et ses milieux urbains riches en mousses. Les espèces les plus courantes appartiennent aux genres Hypsibius, Diphascon, Pilatobius, Macrobiotus, Paramacrobiotus et Milnesium. Les mousses sur troncs, les lichens sur chênes, les mousses urbaines et les sols forestiers humides sont les habitats les plus productifs.
Les Tardigrades vivent dans les
mousses, les lichens, les sols humides, les sédiments d’eau douce, les films d’eau entourant les végétaux, les marais, les zones intertidales, et parfois les sources chaudes ou les milieux extrêmes. Ils sont capables d’entrer en cryptobiose, un état de vie suspendue leur permettant de survivre à la dessiccation, au gel, au vide spatial, aux radiations et à des températures extrêmes. Cette capacité explique leur présence dans des milieux très variés, du littoral atlantique aux forêts de pins de Gironde.

 

Classe

Espèces representatives

Description

Eutardigrades
(env 950 esp)

1. Répartition géographique
2.  Morphologie Taille et poids
3. Mode de vie nourriture et reproduction
4.  Particularité
5. Classification des Eutardigrades au sein des Tardigrades
6. Groupes principaux


 

 

Hypsibius dujardinitardigrade de Dujardin
 Hypsibius exemplaristardigrade exemplaire
Macrobiotus hufelandi
tardigrade de Hufeland
Macrobiotus areolatus
tardigrade aréolé
Milnesium tardigradum
tardigrade prédateur commun
 Milnesium inceptumtardigrade inceptum
Ramazzottius varieornatus
tardigrade varieornatus
 Paramacrobiotus richtersitardigrade de Richters

                     

Les Eutardigrades sont présents sur tous les continents, y compris en Antarctique, dans les déserts, les forêts tropicales, les zones tempérées, les hautes montagnes, les milieux dulçaquicoles et les milieux marins côtiers. Ils vivent dans les mousses, les lichens, les sols humides, les sédiments, les eaux stagnantes et les films d’eau entourant les végétaux. Leur distribution est cosmopolite, avec une capacité exceptionnelle à coloniser des environnements extrêmes.

Les Eutardigrades mesurent généralement 0,1 à 1,2 mm, rarement plus. Leur poids est extrêmement faible, de l’ordre du microgramme. Leur corps est ovoïde, segmenté en quatre paires de pattes terminées par des griffes ou des ventouses selon les familles. Ils possèdent une cuticule flexible, parfois ornée de plaques ou de granulations. Leur bouche est équipée d’un stylet permettant de percer les cellules végétales ou les proies. Ils ne possèdent ni système respiratoire ni système circulatoire : les échanges se font par diffusion.

Les Eutardigrades sont microphages. Ils se nourrissent de contenu cellulaire végétal, de cyanobactéries, d’algues, de protozoaires et parfois de petits nématodes. Leur reproduction est généralement sexuée, mais de nombreuses espèces pratiquent la parthénogenèse. Les femelles pondent leurs œufs dans la cuticule qu’elles abandonnent lors de la mue, ou directement dans le milieu. Le développement est direct, sans larve. Ils sont capables d’entrer en cryptobiose, un état de vie suspendue, pour survivre à la dessiccation, au froid extrême, au vide spatial ou aux radiations.

Les Eutardigrades sont célèbres pour leur capacité à entrer en état de tun, une forme de cryptobiose où leur métabolisme chute à 0,01 % de la normale. Dans cet état, ils peuvent survivre à des conditions extrêmes : –272 °C, 150 °C, radiations ionisantes, pression du vide spatial, hautes pressions, dessiccation totale pendant des décennies. Ils synthétisent des molécules protectrices comme le tréhalose et des protéines vitrifiantes (TDPs) qui stabilisent leurs cellules. Ce sont parmi les organismes les plus résistants connus.

Les Tardigrada se divisent en trois classes principales : Heterotardigrada, Eutardigrada, Mesotardigrada (cette dernière probablement invalide, connue d’un seul spécimen disparu). Les Eutardigrada constituent la classe la plus diversifiée et regroupent la majorité des espèces terrestres et dulçaquicoles. Ils se distinguent des Heterotardigrades par l’absence de plaques dorsales rigides et par une cuticule plus simple.

Les Eutardigrades se divisent en deux grands ordres :
Parachela
Regroupe la majorité des espèces terrestres et dulçaquicoles. Caractérisés par des griffes bien développées et une cuticule simple. Inclut les familles : Hypsibiidae, Macrobiotidae, Eohypsibiidae, Milnesiidae, Calohypsibiidae, etc.
Apochela
Groupe plus restreint, exclusivement terrestre, comprenant une seule famille majeure : Echiniscidae (au sens large) ou plus précisément Ramazzottiidae selon les classifications récentes. Les espèces sont souvent plus élancées, avec des griffes particulières et un pharynx très développé.
Les Eutardigrades comptent environ 900 à 1000 espèces décrites, mais leur diversité réelle est probablement bien plus élevée.

Heterotardigrades
(env 450 esp)

1. Répartition géographique
2.  Morphologie Taille et poids
3. Mode de vie nourriture et reproduction
4.  Particularité
5. Classification des Heterotardigrades au sein des Tardigrades
6. Groupes principaux


 

Echiniscus testudotardigrade tortue
 Echiniscus granulatustardigrade granuleux
Pseudechiniscus suillus
pseudechiniscus suillus Pseudechiniscus victorpseudechiniscus victor
Batillipes mirus
batillipes mirus
Batillipes pennaki
batillipes de Pennak
Halechiniscus greveni
halechiniscus de Greven Halechiniscus perfectushalechiniscus parfait

                         

 

Les Heterotardigrades sont présents dans le monde entier, depuis les pôles jusqu’aux régions tropicales, en passant par les zones tempérées. Ils occupent une grande variété de milieux : mousses, lichens, écorces d’arbres, sols humides, sédiments marins, fonds abyssaux, récifs coralliens, zones intertidales et milieux extrêmes (déserts, haute montagne, régions polaires). Ils sont particulièrement bien représentés dans les milieux marins, où ils constituent une part importante de la microfaune benthique. Leur distribution est donc cosmopolite, avec une forte présence dans les lichens et les écosystèmes marins.

Les Heterotardigrades mesurent généralement 0,1 à 0,8 mm, parfois jusqu’à 1 mm. Leur poids est extrêmement faible, de l’ordre du microgramme. Leur morphologie est très caractéristique : ils possèdent une cuticule rigide, souvent ornée de plaques dorsales, de granulations, de spines, ou de structures ornementales. Leur tête porte souvent des cirres, papilles, ou appendices sensoriels. Les pattes sont robustes, avec des griffes variées selon les familles. Leur apparence est plus « blindée » et sculptée que celle des Eutardigrades.

Les Heterotardigrades sont microphages. Ils se nourrissent de contenu cellulaire végétal, d’algues, de cyanobactéries, de protozoaires, et parfois de petits invertébrés. Les espèces marines consomment des diatomées, des biofilms et des micro‑organismes benthiques. Leur reproduction est généralement sexuée, mais certaines espèces pratiquent la parthénogenèse. Les œufs sont pondus dans la cuticule abandonnée ou directement dans le milieu. Le développement est direct, sans stade larvaire. Comme les Eutardigrades, ils peuvent entrer en cryptobiose pour survivre à la dessiccation, au froid ou aux radiations.

Les Heterotardigrades se distinguent par leur cuticule fortement sculptée, souvent composée de plaques dorsales ou de structures chitinisées. Ils possèdent des appendices céphaliques (cirres, papilles) absents chez les Eutardigrades. Leur diversité morphologique est très élevée, notamment dans les milieux marins. Ils sont capables de survivre à des conditions extrêmes grâce à la cryptobiose, mais certaines espèces marines sont également adaptées à des pressions très élevées et à des variations de salinité. Leur morphologie complexe en fait un groupe clé pour la systématique des Tardigrades.

Les Tardigrada se divisent en trois classes principales : Heterotardigrada, Eutardigrada, Mesotardigrada (probablement invalide). Les Heterotardigrada constituent la classe la plus ancienne et regroupent la majorité des espèces marines et lichénicoles. Ils se distinguent par : une cuticule rigide avec plaques, des appendices céphaliques, des griffes complexes, une grande diversité morphologique. Ils représentent la branche la plus « ornementée » des Tardigrades.

Les Heterotardigrades se divisent en deux grands ordres :
Echiniscoidea
Groupe majoritairement terrestre et dulçaquicole. Caractéristiques : plaques dorsales, cuticule sculptée, griffes robustes. Familles principales : Echiniscidae (le groupe le plus connu, très présent dans les lichens) Oreellidae Carphaniidae
Arthrotardigrada
Groupe majoritairement marin. Caractéristiques : cuticule segmentée, appendices sensoriels développés, grande diversité morphologique. Familles principales : Batillipedidae Stygarctidae Halechiniscidae Renaudarctidae
Les Heterotardigrades comptent environ 450 à 500 espèces décrites, mais leur diversité réelle, surtout marine, est probablement beaucoup plus élevée.

Mesotardigrades
(1 esp)

1. Répartition géographique
2.  Morphologie Taille et poids
3. Mode de vie nourriture et reproduction
4.  Particularité
5. Genèse de l'espèce
Thermozodium esakii

               

 

Thermozodium esakii tardigrade des sources chaudes japonaises

                        

 

Les Mesotardigrades sont connus d’un seul site au monde, au Japon, dans des sources thermales de la région de Nagano. L’unique espèce décrite, Thermozodium esakii, aurait été trouvée dans des mousses thermophiles vivant dans des eaux chaudes. Depuis cette découverte en 1937, le site a été détruit par une éruption, et aucun autre spécimen n’a jamais été retrouvé malgré de nombreuses recherches. Leur répartition réelle est donc inconnue, et leur existence même est parfois remise en question.

Les Mesotardigrades auraient mesuré environ 0,3 à 0,5 mm, avec un corps ovoïde, quatre paires de pattes et une cuticule souple, sans plaques dorsales. Leur morphologie décrite se situait entre celle des Eutardigrades et des Heterotardigrades, ce qui explique leur classification intermédiaire. Leur poids, comme chez tous les tardigrades, est de l’ordre du microgramme. Les descriptions anciennes mentionnent des griffes simples et une tête peu ornée, mais ces observations ne peuvent plus être vérifiées.

Les Mesotardigrades auraient été adaptés à des milieux chauds, vivant dans des mousses thermales. Leur alimentation supposée était microphage, consommant des algues, des cyanobactéries et des protozoaires, comme les autres tardigrades. Leur reproduction aurait été ovipare, avec un développement direct, mais aucune observation moderne n’existe. Leur écologie reste donc totalement hypothétique.

Les Mesotardigrades sont le groupe le plus énigmatique des Tardigrades. Leur particularité majeure est d’être connus d’un seul spécimen, aujourd’hui perdu, ce qui rend leur statut controversé. Certains chercheurs pensent que Thermozodium esakii pourrait être un Eutardigrade mal décrit, ou un artefact d’observation. D’autres considèrent qu’il s’agit d’un véritable groupe, mais extrêmement rare ou spécialisé dans des milieux thermophiles très localisés. Leur existence reste donc incertaine, mais ils sont maintenus dans la classification par prudence historique.

L’espèce Thermozodium esakii a été décrite en 1937 par le zoologiste allemand G. Rahm, dans un article intitulé Eine neue Tardigraden‑Ordnung aus den heissen Quellen von Unzen, Insel Kyushu, Japan publié dans le Zoologischer Anzeiger. Rahm travaillait alors sur la microfaune des sources chaudes sulfureuses du mont Unzen, près de Nagasaki (île de Kyushu, Japon). Il y observa un tardigrade vivant dans des mousses thermophiles, à des températures supérieures à 40 °C, et le décrivit comme appartenant à une nouvelle classe, les Mesotardigrada, intermédiaire entre les Eutardigrades et les Heterotardigrades.Peu après la publication, le site d’Unzen fut détruit par une éruption volcanique et un séisme, effaçant le milieu d’origine. Aucun spécimen n’a été conservé : le type (holotype) est perdu. Depuis, aucune redécouverte n’a été faite malgré des recherches intensives dans d’autres sources chaudes du Japon et d’Asie. Certains chercheurs pensent que Rahm aurait décrit un Eutardigrade mal identifié, d’autres qu’il s’agissait d’une espèce réellement thermophile aujourd’hui disparue.Aujourd’hui, Thermozodium esakii reste une espèce valide mais non confirmée, inscrite dans les bases taxonomiques internationales (WoRMS, ITIS, Catalogue of Life) comme espèce unique de la classe Mesotardigrada. Son existence réelle demeure incertaine, mais elle symbolise une énigme évolutive : celle d’un tardigrade capable de vivre dans la chaleur extrême des sources volcaniques.