La Commune de Paris

Accueil Remonter Notre Monde Le Monde Vivant Personnel World Of Warcraft

 

 

   

 
 

Illustration

 

La capitulation de 1870 et la République

La capitulation de Napoléon III à Sedan le 2 septembre 1870 est un choc immense. L’armée impériale est détruite, l’empereur est fait prisonnier, la France est humiliée. Paris apprend la nouvelle dans la stupeur : l’Empire s’effondre en quelques heures. Le 4 septembre, la foule envahit le Palais Bourbon, puis l’Hôtel de Ville. Les républicains proclament la République, formant le Gouvernement de la Défense nationale autour de Léon Gambetta, Jules Favre, Jules Ferry, Trochu. La République naît donc dans l’urgence, sans Constitution, sans élections, dans un climat de guerre et de panique. Elle doit à la fois gouverner, défendre Paris, et négocier avec la Prusse. La capitulation militaire entraîne une explosion politique.

La situation est catastrophique. Paris est assiégé par les troupes de Bismarck. La famine s’installe, le froid, les bombardements, les maladies. Le peuple souffre, mais reste déterminé. Les Parisiens veulent continuer la guerre, refuser la défaite, défendre la République. Les républicains modérés, eux, cherchent une paix rapide pour éviter l’effondrement total. Cette divergence crée une fracture profonde entre Paris et le gouvernement, entre les républicains radicaux et les républicains modérés. La capitulation militaire devient une capitulation politique.

Le 28 janvier 1871, le gouvernement signe l’armistice avec la Prusse. Pour les Parisiens, c’est une trahison. Ils ont résisté 131 jours, mangé des chevaux, des chiens, des rats, subi les obus, et on leur impose la défaite. Les élections de février 1871 donnent une majorité écrasante aux monarchistes, favorables à la paix, hostiles à Paris, hostiles aux républicains avancés. L’Assemblée siège à Bordeaux, puis à Versailles, loin de la capitale, comme pour se protéger du peuple. Le gouvernement de Thiers accepte les conditions humiliantes de la Prusse : indemnité colossale, occupation militaire, perte de l’Alsace‑Lorraine. Pour Paris, c’est un affront insupportable.

La République née en 1870 est donc une République fragile, divisée, contestée. Elle est républicaine dans les mots, mais dominée par des monarchistes dans les faits. Elle est nationale, mais rejetée par Paris. Elle est légale, mais illégitime aux yeux des classes populaires. La capitulation de 1870 crée un vide politique que la République ne parvient pas à combler. Ce vide, cette colère, cette humiliation, cette fracture entre Paris et Versailles, entre le peuple et les élites, entre la guerre et la paix, conduisent directement à l’explosion du 18 mars 1871: la Commune de Paris.

Paris  : une poudrière

Paris devient une poudrière dès la capitulation de Sedan. La chute de Napoléon III, la proclamation improvisée de la République, l’arrivée du Gouvernement de la Défense nationale créent un vide politique. La capitale est assiégée par les troupes de Bismarck, plongée dans la famine, le froid, les bombardements. Les Parisiens mangent des chevaux, des chiens, des rats. La souffrance nourrit la colère. Le peuple accuse les élites de lâcheté, les généraux d’incompétence, les ministres de mensonge. La ville se remplit de milices, de gardes nationaux, de clubs politiques, de journaux enflammés. Les quartiers populaires — Belleville, La Villette, Montmartre — deviennent des foyers révolutionnaires. Paris est armé, politisé, affamé, humilié : une poudrière prête à exploser.

La fracture entre Paris et le gouvernement s’aggrave avec l’armistice du 28 janvier 1871. Pour les Parisiens, c’est une trahison. Ils ont résisté 131 jours, et Versailles accepte la défaite. Les élections de février donnent une majorité monarchiste, hostile à Paris, hostile à la République radicale. L’Assemblée s’installe à Bordeaux, puis à Versailles, loin du peuple. Paris se sent abandonné, méprisé, puni. Les gardes nationaux refusent de rendre les canons payés par souscription populaire. Les clubs révolutionnaires appellent à défendre la République contre Versailles. La tension monte, les rues grondent, les affiches s’enflamment. Paris devient un volcan politique.

La misère sociale transforme la capitale en poudrière sociale. Les ouvriers sont sans travail, les ateliers fermés, les salaires effondrés. Les femmes jouent un rôle central : elles organisent les secours, les cantines, les comités révolutionnaires. Les quartiers populaires réclament justice, dignité, République sociale. Les bourgeois, eux, veulent l’ordre, la paix, la fin du chaos. La ville est divisée en deux mondes qui ne se parlent plus. Les clubs révolutionnaires, les comités de vigilance, les journaux radicaux alimentent la colère. Paris est une ville où chaque rue peut devenir une barricade.

La poudrière devient explosive lorsque Adolphe Thiers ordonne la saisie des canons de Montmartre le 18 mars 1871. Les soldats refusent de tirer sur la foule, les généraux sont arrêtés, les femmes s’interposent, les gardes nationaux se soulèvent. Paris chasse les autorités, les ministres fuient à Versailles. La capitale, déjà affamée, humiliée, armée, politisée, bascule dans l’insurrection. La Commune de Paris naît de cette explosion.

Paris n’est donc pas une poudrière par hasard : c’est le résultat d’un siège, d’une famine, d’une humiliation nationale, d’une fracture politique, d’une misère sociale, d’une ville armée, d’un peuple radicalisé, d’un gouvernement retranché à Versailles. Une combinaison parfaite pour l’insurrection.

500.000 armes et 227 canons

Les 500 000 armes et les 227 canons sont ceux de la Garde nationale, force citoyenne réorganisée pendant le siège de Paris. Les Parisiens, affamés, bombardés, humiliés, ont payé eux‑mêmes une partie de ces armes par souscription populaire. Les canons, notamment ceux de Montmartre, Belleville, La Villette, sont considérés comme la propriété du peuple. Le gouvernement de Thiers, installé à Versailles, voit dans cette masse armée une menace directe. Paris possède une force militaire autonome, radicalisée, politisée, hostile à la capitulation. Les quartiers populaires sont surarmés, les clubs révolutionnaires en ébullition, les comités de vigilance omniprésents. Les 500 000 fusils signifient que chaque rue peut devenir une barricade. Les 227 canons signifient que Paris peut résister à Versailles. La ville n’est plus seulement une poudrière : elle est une forteresse révolutionnaire.

Le gouvernement veut reprendre le contrôle. Le 18 mars 1871, Thiers ordonne la saisie des canons de Montmartre. C’est l’étincelle. Les soldats refusent de tirer sur la foule, les femmes s’interposent, les généraux Lecomte et Clément‑Thomas sont arrêtés. La Garde nationale se soulève, Paris chasse les autorités, Versailles fuit. Les 500 000 armes deviennent l’armée de la Commune. Les 227 canons deviennent son symbole. Sans cet arsenal gigantesque, la Commune n’aurait jamais pu naître. Sans ces armes, Paris n’aurait pas pu défier Versailles. Sans ces canons, la fracture politique n’aurait pas explosé.

Ces chiffres ne sont pas seulement militaires : ils sont politiques. Ils montrent une capitale armée, autonome, humiliée, prête à défendre la République contre un gouvernement jugé illégitime. Ils expliquent pourquoi Paris devient un volcan. Ils expliquent pourquoi Versailles choisit la guerre civile. Ils expliquent pourquoi la Commune dure 72 jours. 500 000 armes et 227 canons, c’est la matérialisation de la colère, de la faim, de la défaite, de la République trahie. C’est la Commune en gestation.

Le Conseil de la Commune

Le Conseil de la Commune est élu le 26 mars 1871 par les Parisiens. Il réunit 92 membres, issus des quartiers populaires, des clubs révolutionnaires, de la Garde nationale, des milieux ouvriers, des journalistes, des intellectuels. On y trouve des figures majeures comme Louis Rossel, Charles Delescluze, Gustave Flourens, Édouard Vaillant, Félix Pyat, Arthur Arnould, Théophile Ferré, Léo Frankel. Le Conseil n’est pas un parlement classique : c’est un gouvernement collectif, sans chef unique, sans président, sans hiérarchie rigide. Il incarne la volonté de rompre avec le pouvoir vertical de Versailles et de Thiers.

Le Conseil se divise en commissions, véritables ministères révolutionnaires : Guerre, Finances, Justice, Instruction, Travail, Subsistances, Relations extérieures, Sécurité générale. Chaque commission est dirigée par un élu, responsable devant le Conseil. La Commission de la Guerre, dirigée par Rossel puis Delescluze, organise la défense de Paris. La Commission du Travail, avec Léo Frankel, prépare des réformes sociales majeures. La Commission de l’Instruction, avec Vaillant, lance la laïcisation de l’école. Le Conseil fonctionne en assemblée permanente, votant des décrets presque chaque jour.

Les décrets du Conseil sont nombreux et symboliques. Il proclame la séparation de l’Église et de l’État, la gratuité de la justice, la suppression des amendes patronales, la réquisition des ateliers abandonnés, la laïcisation des écoles, l’interdiction du travail de nuit dans les boulangeries, la remise des loyers impayés, la liberté de la presse, l’égalité des salaires pour les fonctionnaires. Le Conseil veut créer une République sociale, démocratique, ouvrière, municipale. Il incarne l’idée d’une France gouvernée par ses communes libres, fédérées entre elles. C’est le cœur du projet communaliste.

Le Conseil est aussi un organe militaire. Il doit défendre Paris contre l’armée de Versailles. Les débats sont violents : faut‑il attaquer Versailles ou attendre ? Faut‑il centraliser le commandement ou laisser les fédérés agir librement ? Les divisions affaiblissent la défense. Le Conseil manque d’expérience militaire, de discipline, d’unité. La guerre civile s’intensifie. Les canons de Montmartre, les barricades de Belleville, les fédérés de la Villette deviennent les symboles de la résistance.

Le Conseil est enfin un organe politique fragile. Il est divisé entre jacobins centralisateurs, blanquistes insurrectionnels, proudhoniens fédéralistes, internationaux socialistes. Ces divergences ralentissent les décisions. Mais malgré ses faiblesses, le Conseil de la Commune reste l’une des expériences politiques les plus audacieuses du XIXᵉ siècle : un gouvernement populaire, élu, social, laïque, égalitaire, né dans la guerre et la misère, détruit dans le sang pendant la Semaine sanglante.

Le Conseil de la Commune n’est donc pas seulement une assemblée révolutionnaire : c’est un laboratoire politique, un gouvernement social, une expérience démocratique radicale, un symbole de la souveraineté populaire face à Versailles.

La réaction du gouvernement

Le gouvernement d’Adolphe Thiers, installé à Versailles, réagit à l’insurrection du 18 mars 1871 avec une hostilité absolue. Pour Thiers, la Commune n’est pas un pouvoir politique mais une rébellion armée. Il refuse de reconnaître les élections du Conseil de la Commune, refuse tout dialogue, refuse toute médiation. Sa priorité est claire : désarmer Paris, reprendre les 500 000 fusils, récupérer les 227 canons, restaurer l’autorité de l’État. Thiers ordonne le retrait de toutes les administrations vers Versailles, laissant Paris isolé, sans institutions nationales. Il fait arrêter les maires républicains modérés, ferme les journaux favorables à la Commune, coupe les communications. Versailles transforme Paris en ennemi intérieur.

Thiers réorganise immédiatement l’armée. Il rappelle les troupes libérées par la Prusse, réintègre les officiers monarchistes, renforce les régiments fidèles. Il obtient de Bismarck l’autorisation d’utiliser les soldats prisonniers libérés pour combattre Paris. La Prusse, qui occupe encore une partie du territoire, laisse passer les troupes versaillaises. C’est un élément capital : la Commune doit affronter une armée nationale soutenue indirectement par l’ennemi extérieur. Thiers concentre ses forces à Versailles, Sèvres, Meudon, Rueil, préparant l’encerclement de la capitale.

La réaction politique est tout aussi violente. L’Assemblée monarchiste vote des lois d’exception, déclare les insurgés hors‑la‑loi, autorise les tribunaux militaires. Les journaux versaillais parlent de “bandits”, de “fous”, de “criminels”. Thiers mène une guerre psychologique : il accuse la Commune de vouloir détruire la France, de massacrer les otages, de brûler Paris. Il cherche à isoler la capitale, à rallier les provinces, à présenter Versailles comme le seul pouvoir légitime. La fracture entre Paris et le reste du pays devient totale.

La réaction militaire se durcit dès avril. Les troupes versaillaises attaquent Courbevoie, Neuilly, Asnières, testant la résistance des fédérés. Les combats sont violents, les bombardements constants. Thiers veut épuiser Paris, briser son moral, affamer ses quartiers populaires. La Commune résiste, mais manque d’officiers, de discipline, de coordination. Versailles avance méthodiquement. Le gouvernement prépare déjà la phase finale : l’assaut général, la reconquête rue par rue, la destruction des barricades, la reprise de Paris par la force.

La réaction du gouvernement n’est donc pas une tentative de négociation : c’est une stratégie de guerre civile, pensée, assumée, organisée. Thiers veut écraser la Commune, restaurer l’ordre, sauver l’État, protéger l’Assemblée monarchiste, et empêcher toute République sociale. Cette réaction conduit directement à la Semaine sanglante, où l’armée versaillaise entre dans Paris et massacre des milliers de fédérés.

La "semaine sanglante" et la fin de la Commune

La “Semaine sanglante” commence le 21 mai 1871, lorsque les troupes de Versailles, commandées par Mac‑Mahon, entrent dans Paris par la porte de Saint‑Cloud, presque sans résistance. La Commune, mal organisée, divisée, n’a pas anticipé l’infiltration. Les fédérés se replient vers les quartiers populaires. Dès le 22 mai, les combats deviennent urbains : barricades improvisées, rues transformées en forteresses, maisons percées pour tirer d’une pièce à l’autre. Les quartiers de l’Ouest tombent rapidement, mais l’Est — Belleville, Ménilmontant, La Villette, Montmartre — résiste avec acharnement. Les fédérés, les femmes des quartiers ouvriers, les enfants même, participent à la défense. Paris devient un champ de bataille.

La répression versaillaise est immédiate et systématique. Les soldats fusillent les prisonniers sur place, sans jugement. Les otages, dont l’archevêque Georges Darboy, sont exécutés par des communards dans la confusion des combats, ce qui renforce la fureur de Versailles. Les combats se concentrent autour des grandes barricades de la rue de Rivoli, de la place de la Bastille, de la rue du Faubourg‑Saint‑Antoine, de Belleville. Les fédérés se battent jusqu’à la dernière cartouche. Charles Delescluze, délégué à la Guerre, monte sur une barricade en redingote, sans armes, pour mourir avec les insurgés. La Commune s’effondre mais refuse de se rendre.

Les incendies marquent la fin de la Commune. Les communards, pour ralentir l’avancée versaillaise, brûlent des bâtiments symboliques : les Tuileries, l’Hôtel de Ville, le Palais de Justice, la Préfecture de Police. Les Versaillais accusent la Commune de vouloir détruire Paris, mais les incendies sont surtout des actes désespérés de résistance. La ville est noyée dans la fumée, les obus, les cris, les exécutions. Le Père‑Lachaise devient le dernier bastion : les fédérés y sont encerclés, fusillés contre le Mur des Fédérés, devenu symbole de la répression.

La fin de la Commune est un massacre. Entre 15 000 et 20 000 Parisiens sont tués en une semaine, selon les historiens modernes. Des milliers d’autres sont arrêtés, déportés en Nouvelle‑Calédonie, emprisonnés, condamnés aux travaux forcés. Louise Michel, Théophile Ferré, Léo Frankel, Élisée Reclus figurent parmi les survivants jugés. Versailles rétablit l’ordre par la terreur. La République conservatrice de Thiers sort victorieuse, mais profondément marquée par la violence qu’elle a elle‑même déclenchée.

La “Semaine sanglante” n’est donc pas seulement la fin militaire de la Commune : c’est une purge politique, une vengeance sociale, une fracture nationale. Elle scelle la défaite de la République sociale et l’avènement d’une République d’ordre. Elle laisse une mémoire durable, un mythe, une blessure, un symbole de lutte et de sacrifice.

Louise Michel (1830-1905)

Louise Michel est d’abord une militante révolutionnaire avant la Commune. Issue d’un milieu modeste, institutrice passionnée, elle fréquente les cercles républicains avancés, les clubs politiques, les sociétés d’entraide. Admiratrice de Blanqui, proche des socialistes, elle défend les pauvres, les femmes, les enfants. Lorsque éclate la Commune, elle s’engage immédiatement. Elle rejoint la Garde nationale, porte les armes, organise les ambulances, dirige des comités de vigilance. Elle devient une figure de Montmartre, quartier clé de l’insurrection. Le 18 mars 1871, lors de la tentative de saisie des canons, elle est en première ligne, galvanisant la foule, empêchant les soldats de tirer. Son rôle dans le déclenchement de la Commune est décisif.

Pendant la Commune, Louise Michel est partout. Elle siège dans les comités révolutionnaires, participe aux clubs où elle prononce des discours enflammés, réclame la défense totale de Paris, demande à aller au front. Elle organise des écoles laïques, soutient les réformes sociales du Conseil de la Commune, défend les droits des femmes, réclame l’égalité politique. Elle se bat sur les barricades de Clignancourt, de Montmartre, de La Chapelle. Elle soigne les blessés, transporte les munitions, encourage les fédérés. Elle incarne la Commune dans sa dimension populaire, féminine, combattante. Pour les Versaillais, elle devient un symbole dangereux ; pour les communards, une héroïne.

Lors de la Semaine sanglante, Louise Michel refuse de fuir. Elle combat jusqu’au bout, puis se rend pour protéger sa mère. Arrêtée, elle est jugée par le tribunal militaire de Versailles. Son procès devient un moment historique. Elle revendique tout, assume tout, défie les juges. Sa phrase célèbre — « Si vous n’êtes pas des lâches, vous me tuerez » — marque les esprits. Elle demande à être déportée avec les autres communards. Elle est condamnée à la déportation en Nouvelle‑Calédonie. Là‑bas, elle continue d’enseigner, de militer, de défendre les Kanaks, qu’elle soutient dans leurs révoltes. Elle devient une figure internationale de la lutte contre l’oppression.

Après l’amnistie de 1880, Louise Michel revient en France et reprend immédiatement son combat. Elle parcourt le pays, donne des conférences, écrit, soutient les grèves, défend les anarchistes, les ouvriers, les femmes. Elle devient l’une des grandes voix du mouvement anarchiste, tout en restant fidèle à la mémoire de la Commune. Jusqu’à sa mort en 1905, elle incarne la résistance, la justice sociale, la révolte contre l’injustice. Sa tombe au cimetière de Levallois‑Perret devient un lieu de pèlerinage.

Louise Michel n’est donc pas seulement une communarde : elle est une figure politique majeure, une combattante, une pédagogue, une révolutionnaire, une symbole de courage, une mémoire vivante de la Commune. Son rôle dépasse l’événement : il devient un mythe.

Adolphe Thiers (1797-1877)

 

Thiers est nommé chef du pouvoir exécutif par l’Assemblée nationale en février 1871. Monarchiste opportuniste, hostile à la République sociale, il voit dans Paris une menace politique. Pour lui, la Commune n’est pas un gouvernement mais une insurrection armée. Dès le 18 mars, il ordonne la saisie des canons de Montmartre, provoquant l’explosion de l’insurrection. Il retire les administrations à Versailles, coupe les communications, arrête les maires modérés, refuse tout dialogue avec le Conseil de la Commune. Thiers transforme Paris en ville rebelle à reconquérir.

Son rôle militaire est déterminant. Il réorganise l’armée, affaiblie par la guerre contre la Prusse. Il rappelle les troupes libérées, réintègre les officiers monarchistes, obtient de Bismarck l’autorisation d’utiliser les prisonniers français libérés pour combattre Paris. La Prusse laisse passer les régiments versaillais, ce qui donne à Thiers une force considérable. Il concentre ses troupes à Versailles, Sèvres, Meudon, prépare l’encerclement de la capitale. Il lance les premières attaques à Courbevoie, Neuilly, Asnières, testant la résistance des fédérés. Thiers mène une guerre méthodique, progressive, implacable.

Son rôle politique est tout aussi essentiel. Il mène une campagne de propagande contre la Commune, la décrivant comme un repaire de “bandits”, de “fous”, de “criminels”. Les journaux versaillais alimentent la peur. L’Assemblée monarchiste vote des lois d’exception, autorise les tribunaux militaires, déclare les insurgés hors‑la‑loi. Thiers cherche à isoler Paris, à rallier les provinces, à présenter Versailles comme le seul pouvoir légitime. Il incarne la République conservatrice, hostile aux réformes sociales, déterminée à restaurer l’ordre.

La Semaine sanglante est l’aboutissement de sa stratégie. Du 21 au 28 mai 1871, les troupes de Mac‑Mahon reconquièrent Paris rue par rue. Les exécutions sommaires se multiplient. Les fédérés sont fusillés sans jugement. Les otages, dont l’archevêque Georges Darboy, sont exécutés dans la confusion des combats. Les incendies ravagent les Tuileries, l’Hôtel de Ville, la Préfecture. Le Père‑Lachaise devient le dernier bastion. Thiers ordonne une répression totale. Entre 15 000 et 20 000 Parisiens sont tués. Des milliers d’autres sont déportés en Nouvelle‑Calédonie ou emprisonnés. La Commune est écrasée.

Après la Commune, Thiers devient le fondateur de la Troisième République, mais une République d’ordre, conservatrice, hostile aux mouvements populaires. Il stabilise les finances, négocie le retrait des troupes prussiennes, renforce les institutions. Mais son nom reste associé à la répression de 1871. Pour les républicains radicaux, les socialistes, les communards, Thiers est le bourreau de Paris. Pour les conservateurs, il est le sauveur de l’État.

Le rôle d’Adolphe Thiers est donc double : stratège politique, chef militaire, fondateur de la République d’ordre, mais aussi responsable de la répression la plus sanglante du XIXᵉ siècle. Une figure essentielle, controversée, incontournable de 1871.

"La Commune" de Jean Ferrat

La chanson raconte d’abord l’espoir de la Commune, née le 18 mars 1871. Ferrat évoque Paris insurgé, les quartiers populaires, les fédérés, les femmes de Montmartre, les canons payés par souscription. Il montre une ville qui veut une République sociale, laïque, égalitaire. Il célèbre les figures comme Louise Michel, Delescluze, Vaillant, les anonymes qui montent aux barricades. Le ton est fraternel, lumineux, fidèle à l’idéal révolutionnaire. Ferrat rappelle que la Commune n’est pas un chaos mais un projet : école laïque, séparation de l’Église et de l’État, justice gratuite, réformes sociales. Il réhabilite un épisode longtemps caricaturé. Il chante aussi la répression, la violence de Thiers, l’armée de Versailles, les fusillades, les exécutions sommaires.
 Il évoque la Semaine sanglante, les rues transformées en charniers, les fédérés tombés contre le Mur des Fédérés. Ferrat dénonce l’oubli, le silence, la calomnie. Il rappelle que les communards ont été traités de “bandits”, de “fous”, de “criminels”, alors qu’ils défendaient un idéal de justice. Il cite parfois des images fortes, comme «ceux qui vivaient debout», pour montrer la dignité des insurgés. La chanson est un acte de mémoire politique. Ferrat refuse que la Commune soit effacée. Il rend hommage aux vaincus, aux anonymes, aux femmes, aux ouvriers, aux intellectuels. Il inscrit la Commune dans une longue histoire de luttes sociales.
 Il montre que l’idéal communaliste survit, qu’il inspire encore les combats pour l’égalité. Ferrat ne fait pas un récit neutre : il prend parti. Il défend les communards, accuse Versailles, dénonce la violence d’État. Il s’inscrit dans la tradition de la chanson engagée, fidèle à ses convictions humanistes et sociales. “La Commune” est une chanson de mémoire, de justice, de résistance, un hommage aux vaincus de l’histoire.